De tous les livres qui composent l'Ancien Testament, ceux rédigés par Salomon sont sans doute les plus riches. A la fois roi, poète et philosophe, il est réputé pour sa sagesse. Celle-ci se
manifeste aussi bien dans les pages désabusées de l'Ecclésiaste, texte désespéramment vrai, que dans le chant d'amour du Cantique des Cantiques, seul livre biblique où le nom de Dieu n'est jamais
prononcé. Oeuvre sensuelle, érotique, elle surprend au coeur de la Bible. Les Psaumes, plus directement religieux, offrent tout de même de beaux morceaux de poésie. Enfin, la Sagesse nous livre de
précieux conseils. Il va de soi que la question n'est pas ici de savoir si Salomon a existé ou non, car le contenu des textes est plus important que la réalité de leur conception.
Voir la beauté dans le joli est à la portée de tout poète médiocre, mais peu savent voir la beauté dans le laid. Baudelaire est de ceux-là tout comme Goya pour la peinture. Ses "pièces" sont
pleines de crimes, de stupre, de sang et de désespoir, et pourtant quelle énergie, quelle sublimité dans l'horreur. Tout Baudelaire est dans ce vers : "Tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de
l'or". Le "frisson nouveau" dont parlait Hugo n'a pas fini de nous impressionner.
Desproges, humoriste désabusé et souvent grinçant, ne nous épargne pas. D'une rare qualité littéraire, ses textes sont de petits bijoux d'humour noir et sans concession. Modeste, il avoue pratiquer
le scepticisme et la modestie intellectuelle, fuyant les certitudes. Face à la Shoah, beaucoup pleurent, quelques uns pensent, Desproges rit. Mais son rire a quelque chose de désespéré. A la
question : peut-on rire de tout? Je réponds oui, quand on est un génie. Quand on est un Desproges.
Je n'aime pas Voltaire. Il est cruel, souvent injuste. Le sarcasme systématique est une arme redoutable, dès que vous avez mis les rieurs de votre côté, c'est fini, l'adversaire ne se relévera pas.
Du reste, homme aux goûts très classiques. Sa fameuse tolérance ne serait elle pas mélée d'indifférence et de mépris? Mais malgré tout cela, il reste le combatant des Lumières contre
l'obscurantisme. Quel dommage que ses fléches se soient trop souvent trompées de cible!
Philosophe, poète, prophéte, Nietzsche hurle son amour de la vie dans des lignes d'une force époustouflante. Révolutionnaire, guerrier, dionysiaque, nul autre ne s'était autant élevé contre les
croyances et les illusions de toute sorte. Le lire de peut laisser indifférent, il renverse tout avec une joie salutaire. Malgré la violence de ses propos, il est pur et doux, dépourvu de tout
pessimisme et de toute rancune. Fou ou visionnaire, sa lecture est une nécessité.